Les deux jeunes artistes voyageurs s'adressent à la trentaine de personnes venues les accueillir à Sainte-Thérèse. (Photo David Gaubiac)
Heureux qui comme Angèle et «Phil» ont fait un beau voyage
Ils sont revenus sains et saufs de leur périple, et je dirais même bien portants, si je me fie à la fière allure qu'ils avaient en ce vendredi matin où je les ai rencontrés. Angèle Courville et Philippe-Emmanuel David ont complété le 30 août leur marche de 300 kilomètres de Mont-Laurier à Sainte-Thérèse, à la recherche de l'âme des Laurentides, en quête d'inspiration pour un prochain album. Qu'ont-ils trouvé?
Avant de se vautrer dans les questions de création reliées à ce projet, il fallait bien savoir comment le voyage s'était passé sur le plan physique et logistique? Vingt-quatre jours de marche, à pousser une voiturette sur la piste du P'tit Train du Nord, vingt-quatre couchers, chez des étrangers souvent qui ont accepté généreusement de leur ouvrir les portes, une douzaine de concerts-causeries essaimés ici et là, le soir après la route quotidienne; ils auraient vraiment pu se «planter»!
«On est arrivés à l'heure à tous nos rendez-vous; la distance, les haltes, les repas avaient été bien planifiés», expliquent l'auteure-compositrice térésienne Angèle Courville et son compagnon musicien Philippe-Emmanuel David. Le seul incident logistique un peu cocasse tient au fait qu'à la hauteur de La Macaza, lors de la reprise de la route un matin, ils sont partis en sens inverse de la direction qu'ils devaient prendre et qu'ils ont donc marché un kilomètre vers le nord, avant de s'apercevoir de leur méprise. Ça aurait vraiment pu être pire.
Quel accueil ont-ils reçu de la part de la faune (humaine) qui fréquente la piste cyclable?
Dans les Hautes-Laurentides, ils ne croisaient que quelques cyclistes sportifs pressés par jour, qui leur lançaient un «Bonjour» furtif, se souvient Angèle; sinon, c'était du bois, du bois et encore du bois! En approchant le coeur des Laurentides, puis Prévost-Saint-Jérôme, il y avait plus d'usagers sur la piste… «Il y en a qui ne comprenaient pas que ce n'était pas une collecte de fonds!», souligne avec humour Angèle Courville.
À la recherche de l'identité des Laurentides
Au-delà de l'effort physique et sportif, le projet Courville avait pour objectif de nourrir les deux jeunes créateurs térésiens, en préparation éventuelle d'un deuxième album de chansons, en s'inspirant de la réalité humaine et géographique de la région des Laurentides. Bilan?
«
On n'est pas au bout de nos démarches, c'est le premier chapitre d'un livre. On a amassé 40 heures d'enregistrement audio lors des concerts-causeries et des rencontres de familles souche, pris 400 photos, tourné quatre heures de vidéo», expliquent-ils, six jours après leur retour à Sainte-Thérèse.
Angèle Courville qui écrit les textes de ses chansons est en ce moment à mettre sur papier ses propres impressions du voyage, matériel dans lequel elle puisera pour dégager par la suite des thèmes, des mots clés, etc. «
Je vois ça comme un entonnoir divisé en quinze plus petits entonnoirs (les futures chansons)», explique l'auteure-compositrice. Quant au temps que ça prendra pour faire émerger des pièces musicales et des chansons de tout ce matériel, Philippe-Emmanuel David souligne: «
On fait de la slow song!»
Il est tôt, bien sûr, mais les Laurentides ça vous inspire?.... «
De l'extérieur, c'est des montagnes et des lacs. Pour les résidants des Hautes-Laurentides, c'est leur terre natale, c'est un pays! Au niveau humain, ce sont des gens vrais, groundés, qui ne font pas dans l'artificiel», expliquent les deux jeunes créateurs. «
Les Laurentides se sont développées sous l'impulsion du curé Labelle. La dimension religieuse était importante. On voulait aussi voir ce qui en reste aujourd'hui, comme lorsqu'une vague se retire, que laisse-t-elle sur la berge?», complète la chanteuse sociologue de fait.
Si leur périple a été intéressant à suivre, à travers les récits quotidiens sur le blog
www.angelecourville.com, la création précédant ce futur album sera proprement fascinante, de par la méthode utilisée et l'énorme investissement d'énergie qui a été consenti pour cette démarche artistique généreuse, singulière, novatrice, risquée.
Je n'ai d'ailleurs pu m'empêcher de leur dire, en les quittant: vous êtes un peu des vestiges des années 1970, au niveau de l'esprit sinon en âge, par l'ouverture à la découverte et au voyage. Et ma foi, ils ne l'ont pas trop mal pris!