QUEBEC - Le territoire du Québec devrait se composer d'ici la fin de l'année de 8 pour cent de zones consacrées à la préservation de l'environnement, un objectif plusieurs fois reporté qui permettra à la province de se rapprocher de la moyenne canadienne.
La ministre de l'Environnement, Line Beauchamp, a confirmé que ce résultat serait atteint en 2008, mercredi, au moment où elle annonçait l'ajout de 23 nouvelles aires protégées totalisant 18 220 kilomètres carrés, soit 1 pour cent du territoire québécois.
Avec cette nouvelle hausse, le Québec comptera 100 000 km carrés de zones où toute activité industrielle, exploitation minière ou forestière est proscrite, ce qui représente 6 pour cent du territoire de la province, a dit Mme Beauchamp.
La ministre a affirmé que Québec assure ainsi la conservation de vastes territoires encore intacts de la taïga, en plus de protéger des écosystèmes allant du nord du Saguenay-Lac-Saint-Jean jusqu'au Temiscamingue en passant par la baie James.
"La protection de plusieurs de ces immenses territoires joue un rôle important dans la lutte aux changements climatiques puisque les forêts et les sols qui s'y trouvent constituent d'immenses réservoirs de carbone, notamment en forêt boréale", a-t-elle déclaré mercredi lors d'une conférence de presse.
Le ministre des Ressources naturelles et de la Faune, Claude Béchard, a quant à lui souligné que 15 des 23 aires protégées sont en forêt boréale et couvrent 4000 km carrés.
Il a cependant assuré que ces nouvelles zones ne réduiraient pas la capacité de coupe des entreprises forestières.
"Les calculs de possibilité forestière des cinq prochaines années tenaient déjà compte des zones annoncées aujourd'hui", a-t-il dit lors de la conférence de presse.
En 2002, le ministre péquiste de l'Environnement, André Boisclair, s'était engagé à atteindre l'objectif de 8 pour cent avant la fin de 2005.
Le gouvernement libéral, qui a pris le pouvoir en 2003, avait ensuite promis de faire de même avant la fin de son mandat, un objectif revu, en 2007, après un resserrement des critères définissant les aires protégées.
Mercredi, Mme Beauchamp a assuré que d'autres aires protégées s'ajouteront d'ici la fin de l'année, ce qui permettra l'atteinte de l'objectif de 8 pour cent.
"C'est un travail qui va aboutir parce que c'est un travail qui est en cours, particulièrement depuis 2003, a-t-elle dit. Mais nous avons un plan qui nous permettra d'atteindre cet objectif pour 2008."
Selon les plus récentes données du Conseil canadien des aires écologiques, le Canada compte 10 pour cent d'aires protégées.
Harvey Locke, d'Initiative Boréale canadienne, a salué le chemin parcouru par le Québec au cours des dernières années, rappelant qu'il avait longtemps traîné en queue du peloton au Canada.
"Le Québec a bien avancé, mais on a encore du chemin à faire", a-t-il déclaré, après la conférence de presse.
A titre comparatif, M. Locke a indiqué que la proportion d'aires protégées était de 15 pour cent en Colombie-Britannique, de 12,5 pour cent en Alberta et de 8 pour cent en Ontario.
M. Locke a aussi rappelé qu'il y a deux ans, la Commission Coulombe avait recommandé au gouvernement de protéger, d'ici 2010, 12 pour cent de son territoire situé en forêt boréale - alors que son niveau est passé à 7 pour cent depuis mercredi.
Marie-Eve Marchand, de la Société pour la nature et les parcs du Canada (SNAP), a affirmé qu'à l'échelle internationale, le Québec se classait plus de 100e relativement à la proportion d'aires protégées.
Selon Mme Marchand, le gouvernement a néanmoins franchi "une belle étape" avec les 23 nouvelles zones annoncées mercredi.
"C'est rare que les Québécois, on a l'occasion de faire autant pour notre avenir et c'est un pas qu'on vient de faire aujourd'hui, a-t-elle dit en marge de la conférence de presse. Les zones choisies sont belles, mais il y en a encore d'autres qui sont extrêmement importantes."
Mme Marchand estime qu'une cible raisonnable d'aires protégées pourrait se situer entre 25 et 50 pour cent des territoires sauvages de la province.
Parmi les zones retenues, Québec compte notamment interdire toute activité industrielle dans une réserve aquatique de 1550 km carrés qui protégera la rivière Dumoine et ses environs, au nord-ouest de Gatineau.
Comme prévu par la loi, des consultations publiques devront être tenues avant qu'un statut permanent de protection soit attribué à tous les territoires inclus dans l'annonce de mercredi.
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