André Riedl, à gauche, Michel Auger et Jean Charest lors d'un point de press. LA PRESSE CANADIENNE /Jacques Boissinot
QUEBEC - Après les électeurs, c'est au tour des députés adéquistes de tourner le dos à Mario Dumont.
La perte continue de popularité de l'Action démocratique du Québec (ADQ) depuis un an commence donc à faire vraiment mal à Mario Dumont, qui en est rendu à voir ses propres députés l'attaquer et lui préférer Jean Charest.
Se sentant trahis par leur chef, deux députés adéquistes ont claqué la porte de la formation de M. Dumont jeudi, pour s'asseoir désormais dans les banquettes libérales.
Il s'agit du député d'Iberville, André Riedl, et celui de Champlain, Pierre Michel Auger, qui ont tenu des propos très durs envers leur chef en annonçant leur défection, en compagnie du premier ministre Jean Charest.
M. Riedl en particulier a dit qu'il s'était senti "trahi" par son chef et que c'était même devenu "gênant" de s'afficher comme député adéquiste.
Sur le ton de celui qui dirait "bon débarras", Mario Dumont n'a pas tardé à répliquer de façon cinglante, en se dissociant de députés qui "font dans leur culotte", quand les sondages sont mauvais.
Selon lui, les libéraux ne sont pas venus chercher "nécessairement les meilleurs" parmi les députés adéquistes, a-t-il ajouté, pour enfoncer le clou.
Il est exceptionnel de voir ainsi des députés de l'Assemblée nationale passer d'un côté à l'autre de la Chambre.
Il faut remonter à 1980 pour trouver un autre cas de transfuge d'un parti à un autre, quand Camil Samson a quitté le Crédit social pour se ranger derrière les libéraux.
Par la suite, il est arrivé que des députés quittent leur formation politique, mais pour siéger comme indépendants avant de se joindre éventuellement à un autre parti, comme Richard Holden et Rodrigue Biron.
La perte de deux députés rend plus fragile le statut d'opposition officielle de l'ADQ, qui n'a plus que 39 députés, contre 36 au Parti québécois.
Quant à eux, les libéraux comptent désormais 48 sièges et deux sièges (qui appartenaient aux libéraux) sont vacants.
Pour former un gouvernement majoritaire, Jean Charest aurait besoin d'au moins 63 sièges.
Mario Dumont a mis les deux transfuges au défi de démissionner et de tenter de se faire élire sous la bannière libérale, à l'occasion d'une complémentaire.
Les deux députés transfuges ne se sont pas hasardé à dire si, à leur avis, leur défection se transformerait en saignée pour l'ADQ, en entraînant d'autres départs prochainement.
Sous le couvert de l'anonymat, d'autres députés adéquistes ont cependant confié à La Presse Canadienne, jeudi, faire l'objet eux aussi de maraudage de la part d'organisateurs libéraux.
Chose certaine, selon le député Pierre Michel Auger, le leadership de Mario Dumont semble plus égratigné que jamais.
"Le chef n'a pas d'écoute pour ses députés", a-t-il dit.
"C'est le parti d'un seul homme", a renchéri André Riedl, reprenant tous les deux à leur compte le discours habituellement tenu par les libéraux à propos de M. Dumont.
Dans le cas de M. Auger, son départ doit faire particulièrement mal à M. Dumont, car c'était un militant adéquiste de longue date.
Il avait tenté de remporter l'investiture adéquiste dans Maskinongé en 2003, et même s'il avait mordu la poussière il était revenu à la charge en 2007 dans Champlain.
Depuis 2002, il militait activement dans les différentes instances du parti.
Jeudi, durant la conférence de presse, il a tenu à dire qu'il avait adhéré à l'équipe de Mario Dumont"par conviction" en constatant aujourd'hui s'être trompé.
Si on se fie aux résultats de la dernière élection générale dans Champlain et Iberville, il est difficile de taxer les deux transfuges d'opportunisme, car dans les deux cas le Parti libéral (PLQ) était arrivé en troisième position.
Auparavant, en 2003, Iberville avait voté de justesse pour le PLQ, tandis que Champlain est une circonscription traditionnellement péquiste.
Quant à lui, le premier ministre Charest s'est présenté comme un chef "rassembleur", évitant en public le piège du triomphalisme.
"La politique, c'est l'art d'inclure", a-t-il dit.
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