«Faut voir la job comme un laboratoire d'animation. T'es comme un guide, c'est le jeune qui t'amène l'idée. (…) Les jeunes veulent vivre des expériences touchantes, humaines; ce qu'on leur accorde c'est un petit espace de fierté, un petit espace de pouvoir», explique l'animateur Pierre Massie. (Photo Pépé)
L'arbre est dans ses feuilles
Si vous vous promenez en forêt et que vous ne connaissez pas grand chose à la foresterie, je vous suggère pour identifier un arbre de commencer par les feuilles, c'est le plus facile, surtout en face d'un sujet compliqué. J'ai utilisé un peu la même méthode avec Pierre Massie.
«Tu peux pas croire à quelque chose si ça paraît pas dans ta vie», tranche Pierre Massie, l'animateur à la vie spirituelle et à l'engagement communautaire de la polyvalente Sainte-Thérèse, qui se qualifie lui-même de rebelle. C'est comme dire on juge de l'homme à ses œuvres.
Alors Pierre Massie lui, il est beaucoup dans Le Petit Peuple, cet organisme communautaire d'entraide qu'il a contribué à créer avec une bande d'ados il y a une quinzaine d'années. Dans la Soupierre aussi, tiens qui porte son nom, ce dépannage alimentaire à la polyvalente Sainte-Thérèse, qui est devenu une sorte de relais du Petit Peuple.
Avec son passé d'organisateur communautaire, muté un peu tardivement enseignant de religion au secondaire, puis animateur de pastorale, Pierre Massie donne une couleur très particulière à son métier. Il boude les projets à court terme où il pourrait se dépenser comme animateur à la vie spirituelle… «les semaines de la tendresse, les semaines de l'environnement» dit-il un peu sarcastiquement, pour inviter les jeunes de la PST à s'engager dans des projets d'entraide qui exigent toute une infrastructure et une certaine permanence. «L'animation communautaire c'est dans la communauté que ça se fait!», sent-il le besoin de préciser. Et il ajoute: «Je pense que la PST est très d'avant-garde dans son milieu.»
Ainsi, à partir des projets Le Petit Peuple et la Soupierre, Pierre Massie établit une relation de confiance avec les jeunes participants, ce qui lui permet de lever le voile sur une réalité que l'on pressent souvent difficile: «Les problèmes ont augmenté. Il y a plus de solitude chez les jeunes, même s'ils se promènent tous avec leur téléphone cellulaire et leur ipod. On constate le début d'un phénomène d'itinérance dans la région. Et il y a un problème de consommation (alcool, drogue).», résume-t-il.
Assurer une présence
Alors, voilà bien le paradoxe. Même si Pierre Massie prêche l'axe du développement de l'autonomie dans tous les projets où il accompagne les jeunes… «Je suis tout le temps là. Je suis de toutes les campagnes. Ça devient une histoire de présence, c'est ce qui manque dans les familles, c'est peut-être pour ça qu'ils (les jeunes) apprécient que je sois là. (…) C'est un peu le problème du communautaire, t'as pas d'horaire, t'as pas de vie! En fait, ton travail devient ta vie. Pour un patron, ça exige une grande confiance dans son employé», explique-t-il.
Si on juge de l'arbre à ses fruits, le passé est garant de l'avenir aussi, dit-on. Pierre Massie va donc poursuivre dans les années qui le séparent d'une retraite dans la même direction, malgré qu'il sente une certaine lourdeur dans toutes les démarches d'autofinancement toujours à recommencer et une incompréhension de son action, parfois, quand un nouveau patron surgit à la PST!
Et là, ma foi du bon Dieu, il se met quasiment à parler comme Stan dans les Boys: «Dans mon livre à moi… C'est beaucoup plus facile d'aimer que de haïr, d'être tolérant qu'intolérant… Ce qu'on fait avec Le Petit Peuple et la Soupierre, c'est comme payer au suivant. Et on accorde aux jeunes un petit espace de fierté, un petit espace de pouvoir.» L'arbre est dans ses feuilles, l'avez-vous compris, là?
Photo Pierre Massie-PP2782