Nicolas Paré. (Photo Pépé)
Le couturier de Jésus-Christ
En 250 heures, entre le 22 décembre et le 3 janvier, Nicolas Paré a produit les 75 costumes de l'opéra rock «Jesus Christ superstar»
Quand le rideau s'est ouvert sur la scène du Théâtre Lionel-Groulx, le 6 janvier vers 19 h 45, et que les comédiens-interprètes sont apparus graduellement: Judas, les apôtres, on a vite compris qu'on n'assisterait pas à un vulgaire «remake» d'un opéra rock des années 1970, mais bien à un projet artistique original. Et si on a pigé si vite où on voulait nous amener, c'est beaucoup à cause de Nicolas Paré.
Dire que Nicolas Paré n'était pas trop intéressé au départ, quand le metteur en scène de la production «Jesus Christ superstar» lui a proposé la conception et la réalisation des costumes, maquillages et coiffures de cette nouvelle mouture de l'opéra rock!
C'est en voyant les étudiantes et étudiants- les comédiens-interprètes- en répétition avec leurs vêtements de tous les jours qu'il a eu son coup de cœur: «JC superstar ça ne me disait rien! Mais quand je les ai vus jouer la première scène du spectacle, les 14 je les ai vus habiller dans ma tête.» Et c'était parti.
À compter du début novembre, Nicolas Paré a fait ses esquisses des costumes, pris les mesures des quatorze étudiantes et étudiants de la distribution, réalisé les patrons, mais il a dû attendre au 22 décembre avant de débuter la confection des vêtements. Étudiant en Gestion et technique de scène à l'Option Théâtre du collège Lionel-Groulx, ses cours l'ont empêché de commencer plus tôt.
Le «couturier de Jésus-Christ» dit n'avoir pas vu le temps des Fêtes cette année, avoir dormi en moyenne deux heures par jour entre le 22 décembre et le 3 janvier, pour réussir à produire les 75 costumes, complètement éclatés, du spectacle. «La dernière nuit avant la générale, les six habilleuses du spectacle m'ont aidé, il fallait coudre de petites étiquettes des noms des interprètes dans toutes les pièces de costumes… On a inquiété la Sécurité dans les résidences du collège avec nos déplacements nocturnes. À un moment donné, on ne savait plus quelle heure il était ni quel jour!», rigole-t-il.
Comme un alchimiste dans son laboratoire
Ce n'est seulement qu'à l'essayage, le 3 janvier, que les comédiens, comédiennes-interprètes ont pu voir le résultat époustouflant du travail de Nicolas Paré: des costumes d'apôtres imitant l'allure d'un gang de rues, les apôtres filles habillées en filles, une vision très 21e siècle des personnages. Wow! «Aux essayages, ils m'ont dit: maintenant je sais c'est qui mon personnage. Je leur ai répondu: c'est à vous de donner une âme à ces costumes-là!», résume Nicolas. Un ange passe.
Il en a été de même avec les coiffures punk et les maquillages très appuyés des interprètes. Après un certain scepticisme, le concepteur a vite rallié la gang à sa vision. Mais encore fallait-il gérer les quatre gros changements de costumes au cours de la production, avec l'aide des six habilleuses et des deux coiffeuses: «J'étais là avec le spray net dans les coulisses. Il aurait fallu filmer ça! Le linge revolait partout, un petit technicien qui aurait passé par là se serait fait écraser!»
Bilan? «Les interprètes m'ont tous écrit après. Ils m'ont dit avoir trouvé un sens au spectacle avec les costumes; l'esprit de groupe s'est créé dans les loges… Ce sont des projets comme ça qui permettent de t'éclater», conclut Nicolas.
Et bien sûr, Nicolas Paré a défoncé le budget du service socioculturel du collège Lionel-Groulx prévu pour la production «Jesus Christ superstar»… Il ne voulait pas que je l'écrive, mais il m'a affirmé avoir ajouté des sous de sa poche pour boucler les achats de matériel. Et qu'arrivera-t-il de ces fabuleux costumes? Plusieurs sont déjà achetés par les interprètes, les autres seront défaits pour servir à autre chose. Restent un magnifique CD de photos et des émotions aussi inaltérables qu'une matrice numérique.
Photo Nicolas Pare-PP9886