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Les concessionnaires automobiles en danger

Article mis en ligne le 26 février 2009 à 12:08
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Les concessionnaires automobiles en danger
Après les constructeurs et les fournisseurs, la crise automobile va continuer d’affecter tous les intervenants du milieu et les concessionnaires sont probablement les prochaines victimes de cette crise économique. Depuis 1991, il y a 514 concessions automobiles qui ont fermé leurs portes au Canada. L’apparition de nouveaux joueurs comme Kia et Mitsubishi a réduit un peu les pertes. Sans ses deux joueurs, le nombre réel de concessions en moins au Canada serait de 729. Il faut également ajouter à cette équation les quelque 300 ou 400 concessionnaires qui ont fermé leurs portes et ont été repris par le constructeur devenant ainsi des concessions corporatives. Selon l’analyste Dennis Desrosiers, le Canada perd entre 80 et 90 concessions automobiles par année depuis 1991. Lorsque l’économie était bonne, les concessions étaient habituellement rachetées par un tiers ou le constructeur. Depuis quelques mois, ce n’est plus le cas et le rythme des fermetures risque fort de s’accélérer. Nous pourrions passer de 110 à 125 fermetures par année assez rapidement. Ces chiffres sont valables si tous les joueurs demeurent en place. Le scénario sera très différent si un constructeur disparaît de l’échiquier. La grande inconnue demeure le temps. Combien de temps va prendre la réforme complète de l’industrie automobile, deux, trois, cinq ans, encore trop tôt pour se prononcer.
Pourquoi les fermetures vont-elles s’accélérer
Il y a à mon avis deux raisons qui font en sorte que le processus de fermetures de concessions automobiles va aller en s’accélérant. La première réside dans le modèle d’opération des constructeurs automobiles et la deuxième est reliée au crédit. Peu de gens savent que les propriétaires de concessions automobiles achètent leurs voitures à crédit du constructeur. C’est la branche financière du manufacturier comme Ford Crédit ou GMAC qui assure le financement des concessionnaires et ces derniers payent des intérêts mensuels sur les véhicules en inventaire. Mais il y a beaucoup plus, cette marge de crédit sert également à financer les frais de restructuration des concessions, les agrandissements, rénovations etc… Les besoins de crédits pour l’ensemble des concessionnaires automobiles canadien s’élevaient à 27,3 milliards de dollars en 2008, une moyenne de 7,9 millions de dollars par concession. Or, en ce moment, la crise financière a considérablement réduit l’accès au crédit et très peu de concessionnaires ont les reins assez solides pour supporter seul un aussi lourd fardeau financier. Si les banques ne prêtent plus et que les branches financières des constructeurs sont au bord de la faillite, bien des concessionnaires qui dépendent du crédit pour continuer les affaires devront eux aussi fermer leurs portes.
La deuxième raison qui va mener à une accélération des fermetures de concessions automobiles repose sur le modèle d’affaire des constructeurs automobiles. Cette pratique est surtout redevable aux constructeurs américains qui dans les années qui ont suivi la seconde guerre mondiale ont installé le plus grand nombre de concessions possibles. La stratégie était simple, on voulait garder ses concessionnaires «sur les dents». Pour bien des compagnies, le modèle a changé, on préfère avoir moins de concessions, couvrir plus de territoire et avoir une image plus forte. Toyota a depuis longtemps compris ce principe. L’an dernier avec 239 concessions au Canada, Toyota a vendu plus de véhicules que Chrysler qui en possède 454 ou Ford qui en possède 443. Pour être plus rentable, les constructeurs qui n’ont pas commencé devront revoir le modèle d’affaire pour diminuer le nombre de points de vente et augmenter la profitabilité. Les Américains, vous l’aurez compris sont ceux qui ont le plus de chemin à faire. GM par exemple, parle depuis plusieurs mois de mettre toutes les marques sous le même toit, cette opération réduirait considérablement le nombre de concessionnaires.
Sans vouloir être le prophète de malheur, il y a probablement une troisième raison qui risque aussi d’accélérer le processus : le manque d’acheteurs. Tout le monde s’accorde à dire que les deux prochaines années seront faites de vache enragée pour beaucoup de concessionnaires. Alors si aux deux premiers facteurs, on ajoute des ventes en forte baisse, vous avez les ingrédients pour une recette catastrophe. Le profit sur la vente de véhicule tourne en ce moment autour de 2%. Ce qui signifie que le profit sur un véhicule de 25 000$ est d’environ 450 dollars. C’est très peu pour vivre et fait vivre une concession. Avec toutes les obligations financières, vous vous devez de vendre un fort volume. En ce moment, les gens sont prudents et se disent qu’ils peuvent encore conserver leur véhicule pour un an ou deux, le temps de voir passer la crise. Cette attitude risque simplement d’accélérer la fermeture de biens d’autres concessions.
Benoit Charette est co-propriétaire et rédacteur en chef de l’Annuel de l’Automobile 2009. Il anime également l’émission En Voiture tous les Samedis à MIDI sur les ondes du 98,5 FM de Montréal et le réseau Corus Québec ou via internet au www.985fm.ca

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