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Nous y sommes…

Article mis en ligne le 23 janvier 2008 à 12:26
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Nous y sommes…
Alexis Nantel
Nous y sommes…
4h15 - C'est l'heure du levé. Il a neigé cette nuit et le roc qui entoure le camp Barrafu est devenu blanc. La nuit a été difficile. Le doc est venu voir Mélanie à deux reprises pour suivre son mal de tête et lui administrer du Dex. En plus, comme cette médication pousse à uriner, elle n'a cessé de sortir de son sac de couchage pour soulager sa vessie. Il faut aussi ajouter à tout ça la nervosité et la fébrilité qui précède l'ascension finale qui nous mène au toit de l'Afrique à 5895m.

Le véritable moment tant attendu et celui-ci et non le départ de Montréal ou le début de la montée à la base du Kili, mais ca, on ne peut que le réaliser à ce moment.

Il fait froid, il fait noir et il neige toujours. C'est l'heure de finaliser la préparation de notre sac à dos. Beaucoup de bouffe (barres énergétiques, noix et quelques sucreries dont du glucose pur), de l'eau, des vêtements chauds et imperméables ainsi que camera vidéo et photo afin d'immortaliser le moment magique.

5h00- Ensuite, nous passons au petit déjeuner. Difficile d'avaler quoique ce soit à cette heure mais nous devons nous forcer. Au menu, sandwichs au thon grillés mais froids avec saucisses bouillies mais froides et du Milo un genre de chocolat chaud, qui est en fait une boisson énergétique au goût de chocolat. Vraiment pas facile donc!

5h45 - Nous sommes à aller au cabinet et finaliser de nous habiller. Certains s'échangent des morceaux de vêtements ou de la bouffe. On sent la nervosité envahir le camp.

6h00 - Comme la météo est difficile au sommet depuis 4 jours et que 3 expéditions sont revenues bredouilles, Eddy Frank le grand manitou de Tusker oblige chaque grimpeur à laisser un porteur attitré porter notre daypack. Cela facilitera davantage la montée. Mélanie est jumelée à Julius un jeune porteur de 22 ans. Pour ma part c'est Aldrede. C'est un des meilleurs chanteurs du groupe et un des plus énergiques. D'ailleurs, c'est lui qui initie les chants avant le départ. Ce sont des chants chrétiens qui rendent gloire à Dieu. Ils disent qu'il (Dieu) nous accompagne sur le Kili. Ils crient Amen et Alléluia sans arrêt. C'est magique surtout quand personnellement vous êtes déjà dans cet esprit de communion avec Dieu. Je clamais donc son nom avec eux et dansais du même coup pour me tenir au chaud.

6h30 - Ca y est. Nous formons la file avec chacun notre porteur nous suivant et débutons notre marche vers le sommet. Un pas à la fois. Calculer un pas, 2 secondes puis un autre. Nous avançons lentement mais sûrement. Normalement, la majorité des expes couche au cratère plus haut à 200 mètres (vertical) du sommet et donc le font au levé en pleine nuit. Comme il fait mauvais, nous avons décidé de faire cette partie et le sommet jumelé en une seule montée. Ce qui représente 6h jusqu'au cratère puis 2h de plus jusqu'au sommet sans calculer le retour!

La première portion, première heure est assez accidentée. Nous grimpons sur le roc souvent rendu glissant par la neige et très abrupte. Ensuite nous débutons la montée de la coulée. Nous grimpons en zigzagant dans de la rocaille et du sable volcanique. C'est à ce moment que les forts vents et la pluie ont débuté. Mélanie avait prévu le coup comme plusieurs et avait enfilé sa combinaison imperméable, ce qui n'était pas mon cas. J'étais plus confortable avec mon pantalon chaud d'escalade mais qui de toute évidence, ne résiste pas à l'eau. J'ai donc du m'arrêter avec Aldrede pour enfiler mon pantalon de pluie. J'avais déjà mon manteau. Ma crainte maintenant était de geler en dessous étant détrempé. J'ai ensuite rejoint le groupe pour poursuivre. Mélanie avait toujours ses maux de tête et souhaitait que je demeure près d'elle. J'ai été un des 4 ou 5 chanceux du groupe à ne pas souffrir de symptômes reliés à l'altitude. Ce qui m'a permis de conserver le moral tout au long de l'aventure et d'en profiter au maximum. Cela m'a aussi permis de capter des images de cette expes ce que plusieurs n'ont pas eu la force.

La pluie tombait fortement à la diagonale puis c'est ensuite transformée en grésille. Une grêle qui nous fouettait la figure continuellement. Nos vêtements mouillés sont devenus blanc. L'eau s'étant transformée en frima. Jusqu'a ma barbe d'une semaine qui était dorénavant blanche et plus épaisse à cause du froid. À un moment, les guides ce sont demandés si nous allions rebrousser chemin, mais nous avons continué d'avancer dans le blizzard. Après 5h dans ce tourbillon de froid et de neige, nous sommes arrivés au cratère ou la température est soudainement devenue plus clémente. Toujours de la neige mais les vents se sont légèrement estompés. Il était temps de faire une pause pour manger. Il restait 2h jusqu'au sommet. En relançant la marche, nous avons passé sur deux corniches d'environ 18 pouces de large. En bas, la vision d'un précipice dans lequel le fond n'était pas visible à cause du brouillard. Il fallait donc passer avec assurance mais surtout avec concentration.

Au bout de ces 2h, une vision à travers cette neige qui tombait toujours à la diagonale, plus loin, plus haut à environ 20m, la fameuse enseigne permanente indiquant le sommet. J'avais pris de l'avance sur Mélanie et j'ai arrêté le pas. Je me suis rangé sur le côté pour l'attendre. Elle avait très mal à la tête et aux genoux. Je lui ai crié que nous étions rendus. Je lui ai dit de ne pas lâcher. Que j'avais débuté l'aventure avec elle et que je foulerais le top avec elle. Les derniers pas furent remplis d'émotion. Plusieurs étaient en larmes dont moi. Mélanie quant à elle pleurait de joie mais aussi de douleur. Ce fut l'heure des accolades et des embrassades. Nous avons ensuite procédé rapidement aux photos officielles et sommes repartis laissant derrière nous, dans le brouillard cette enseigne permanente indiquant l'altitude et nous félicitant de s'y trouver. C'était assez irréel je dois dire.

La descente fut également non sans difficultés. En descendant la pluie a repris du service et avait rendu la neige encore plus glissante. Nos pôles ont donc été fort utiles. Il faut aussi savoir que les genoux absorbent un poids immense, environ 8 fois votre poids. Il faut donc être prudent.

Pour la descente et comme j'étais en pleine possession de mes moyens, un des guides m'a demandé de prendre mon sac afin de libérer mon porteur qui devait redescendre plus vite au camp pour aider les autres à le déménager plus bas au camp Millenium à 3100m. Trois heures plus tard nous étions revenus à Barrafu. Nous avons mangé un "stew" de pommes de terre et carottes puis nous nous sommes préparés pour une descente de 3h à la noirceur avec comme seul éclairage nos lampes frontales et la lune. Heureusement, il faisait maintenant plus chaud et le ciel était dégagé. Ce fut une autre superbe expérience. Nous pouvions voir de la haut, à travers certains petits nuages, la ville de Moshi éclairée. C'est comme si nous passions au dessus en avion. Le même genre de vue.

Nous sommes arrivés à 21h45 au camp Millenium. Nous avons mangé (encore) et sommes allés nous coucher littéralement crevés. Ce fut certainement une des plus difficiles journées de notre vie. Physiquement je l'entends bien sûr. Je vous raconterai notre descente du camp Millenium à la barrière du Parc national du Kilimanjaro. Jambo lecteurs!

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