Alexis Nantel
Tout près de notre objectif!
Vous avez sans doute des nouvelles plus rapidement et plus à jour avec certains médias. C'est normal car ceux-ci sont équipés de téléphones satellites ou d'Internet par satellites. Comme j'utilise les ondes cellulaires, il est plus difficile de transmettre des données car le signal n'est pas constant ou carrément absent.
Pendant la nuit, l'histoire s'est répétée. Les vents violents ont emporté et déchiré les grandes tentes. Je me suis réveillé vers 4h pour prendre connaissance des dégâts. J'ai été secoué par la scène. Cette fois j'ai bien cru que c'était fini. J'ai filmé la scène puis ensuite, j'ai donné un coup de pouce aux gars pour rapatrier le matériel. C'est vraiment comme l'armée ces gars-là. Dans ce que l'on croit un cafouillis total, les ordres se passent sans broncher.
C'est vraiment bien structuré et ils sont très bien organisés. Il semble y avoir des chefs d'équipe qui se rapportent aux guides puis ensuite au grand chef Eddy Frank le big boss de Tusker qui est sur la montagne avec nous. Une véritable fourmilière qui se met a l'œuvre. La section tentes, la section cuisine, la section toilettes, la section transport. C'est fou. C'est un village complet en cavale.
La journée c'est bien déroulée. Trois heures de trek en montée accompagné (pour faire changement!) de grands vents. Comme nous sommes entrés dans la zone alpine, il n'y plus de végétation pour bloquer les vents qui proviennent désormais du bout de la Tanzanie.
Nous sommes arrivés vers midi trente au camp Barafu à 4700m d'altitude. Nos pas se font polle polle (lentement) car l'air est plus rare. Il a fait soleil tout l'après-midi et j'en ai profité pour observer nos objectifs ultimes ainsi que les superbes cumulonimbus plus bas. Ce bain de soleil a fait beaucoup de bien. J'ai même dîné avec François Langlois (.com) à l'extérieur. Nous avons bien rigolé.
Eddy Frank nous a ensuite convoqués à un meeting pour nous mettre au courant du plan de match de demain. Nous devions monter au cratère et y passer la nuit pour ensuite attaquer le sommet. Mais comme il fait mauvaise température et que plusieurs expéditions n'ont pu le faire de cette façon, Eddy a proposé de lever le camp à 4h30 cette nuit pour faire le sommet et revenir dans la même journée. C'est notre meilleure chance. Ce sera difficile. Les vents, la neige, le froid et tout ça sur 12 heures de marche.
L'équipe a accepté mais comme nous ne sommes pas tous de la même forme physique, nous devrons former des petits groupes. Nous risquons donc de ne pas être au sommet du Kili tous au même moment. Mélanie a mal à la tête et a prise du Dex, un mélange d'acétaminophène et de cortisone. Elle s'est reposée pour être en pleine possession de ses moyens demain.
Pour ma part j'ai fait, avec quelques collègues qui étaient en parfaite condition, un aller-retour de 2 heures supplémentaires qui nous a menés à 5000m. Cette façon de faire nous aide à nous acclimater et à mieux nous préparer à l'ascension finale. Notre corps produit alors plus de globules blancs ce qui est bénéfique lorsque nous revenons dormir plus bas. Le corps a une bonne mémoire et peut se rappeler même des années après qu'il a vécu cette situation et il réagit alors plus rapidement. Je vais me coucher maintenant pour être de la partie demain à mon meilleur. Je vous réécris après avoir touché le glacier!