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Suzanne Lafrance ou l’art qui dérange

par Claudine Mainville
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Article mis en ligne le 1 juin 2007 à 15:43
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Suzanne Lafrance ou l’art qui dérange
Quelques tableaux de l’artiste Suzanne Lafrance sont actuellement exposés au club de golf des Quatre Domaines, et l’exposition Lait noir de l’aube sera présentée du 6 juin au 13 juillet, au Centre Elgar, 260 rue Elgar, Île-des-Sœurs. (Photo : Pépé )
Suzanne Lafrance ou l’art qui dérange
Ses œuvres provoquent, émeuvent, questionnent, mais ne suscitent surtout pas l’indifférence, Suzanne Lafrance accède en quelques années seulement au statut d’artiste professionnel par une démarche dont elle attribue le succès à l’authenticité.
«L’authentique suscite l’authentique. Ma peinture n’est pas un divertissement, ni une distraction. Certaines personnes quittent immédiatement l’exposition, refusent de voir. D’autres questionnent, pleurent, ou sont troublées ou fascinées, leur réaction ne m’appartient pas. J’ai eu besoin d’exprimer physiquement, concrètement, ce que certains passages de l’histoire m’ont inspiré, c’est la réalité, c’est la vérité, c’est la mémoire, une part de nous-mêmes que l’on ne peut nier», explique Suzanne Lafrance.

Sa représentation de la vie et de la mort et surtout des mouvements de l’humanité, s’inscrit dans la volonté de susciter la prise de conscience. «Le mal n’est pas seulement les autres, nous avons tous nos zones d’ombre. Il y a l’espoir que la prise de conscience de chaque individu fasse un geste vers une humanité meilleure», croit l’artiste. La conscience de cette part sombre, des instincts, des dérives, des idées arrêtées, surgit devant cette mémoire des blessures. Ces corps tristes, ces visages meurtris, imposent les balises des mouvements destructeurs.

Les archives de la dernière guerre mondiale notamment de l’holocauste ont inspiré ses premières œuvres. «Au monde nous demandons d’abord un visage, premier miroir, premier vis-à-vis où nous voir et nous sentir exister. Il n’est pas étonnant que là où l’homme cherche à dominer l’autre, il le dévisage, sinon le défigure. Après 1945, après que des hommes, par millions, aient été consommés, gazés et brûlés, quelque chose de la relation à l’autre a été affecté…Nous habitons cette fracture de l’histoire, la suite de cette hécatombe, cette grande défiguration de l’homme par l’homme», écrit Suzanne Lafrance. Suzanne Lafrance a d’abord écrit, un moyen d’expression qu’elle a abandonné temporairement pour peindre. «J’ai été parrainée par l’Union des écrivains du Québec, j’ai fait des lectures publiques à la Maison des écrivains, et j’ai ensuite refusé de publier. J’avais 28 ans et j’ai voulu quitter l’art. Depuis deux ans, j’ai senti l’urgence de m’exprimer par un moyen physique, la peinture, et maintenant j’ai peu à peu recommencé à écrire», rappelle l’artiste.

Sa série «Lait noir de l’aube» a été présentée à l’Usine C de Montréal l’automne dernier, a été sélectionnée par la Galerie Yergeau du Quartier latin et le Centre Elgar de Montréal en 2007, elle poursuivra sa route jusqu’à Val-d’Or en 2008. La Galerie d’art de Blainville l’avait présentée en 2005, en 2006 le public a découvert «Dans la pitié des chairs». Auparavant, Suzanne Lafrance avait présenté ses premières toiles dans le cadre d’expositions collectives au Théâtre Lionel-Groulx et à la Maison Lachaîne.

En si peu de temps, l’artiste maintenant âgée de 38 ans accède au niveau professionnel. Elle travaille actuellement sur sa prochaine exposition «Promenons-nous dans les bois».

L’artiste ajoute, «pour nous promener en nous-mêmes»…La série sera présentée à la Galerie Yergeau dès cet automne et promet la suite de la réflexion sur l’obscur et le mystérieux, «nous avons besoin d’un espace, d’une scène pour nous figurer le monde, le comprendre, la figure du bouc émissaire répond à notre besoin archaïque de donner un visage et un nom à ce qui nous atteint».

Suzanne Lafrance questionne la fascination du monde pour les atrocités, ainsi que «le désir effréné de vivre notamment dans un monde qui a besoin de sensations fortes pour se sentir exister». D’autres constats, d’autres réalités, qui alimentent la réflexion et la démarche de l’artiste.

(Photo : Pépé )

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