Apprendre à grandir

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Françoise Mayer, finaliste dans la catégorie grand public. Photo: Gabrielle Doutre

Mon enfant, à un an, je t’ai appris à marcher, à te relever, à dire et à rire.

Je t’ai appris la tendresse d’une main aimante, le confort d’une épaule accueillante.

Tu m’as appris le rire aux éclats d’un chatouillis, la beauté d’une frimousse assoupie.

Et j’ai vu la fierté d’une confiance naissante.

Et nous avons grandi chacun dans un rôle à apprendre.

Mon enfant, à cinq ans, tu m’as appris le partage alors que l’école te fournissait des amis et une éducatrice à aimer.

De retour au nid, je t’apprenais le plaisir des câlins.

Et j’ai vu ton amour des mots et des images.

Et nous avons grandi avec une bibliothèque gourmande.

À l’adolescence, tu m’as appris que, malgré l’amour, le conflit éclate.

Que la parole dépasse la pensée, que le besoin d’autonomie déclasse le lien affectif.

Je t’ai appris le respect des droits, au risque d’avoir le cœur en débris.

Et j’ai vu nos routes bifurquer.

Et nous avons grandi en tentant de nous comprendre.

À la vingtaine, tu m’as appris qu’un métier se choisit avec les tripes et se vit avec passion.

Je t’ai appris que des choix de carrière infinis t’attendaient comme les mets d’un buffet.

Et j’ai vu la faim sur ton visage.

Et nous avons grandi, attendant le diplôme à suspendre.

Lorsque tu m’embrassas en me serrant dans tes bras devant le camion de déménagement, tu m’as appris qu’un enfant n’est que prêté.

À bord de mon auto, je t’ai accompagné vers, chez toi, comme on suit un cortège funèbre.

Ta compagne et ta demeure formaient le noyau de ta vie, alors, j’ai appris les limites de mon territoire.

Et j’ai vu l’adulte en toi.

Et nous avons grandi face à cette aventure débutante.

Lorsque tu m’appris, en bondissant comme lors de ton premier but, qu’un embryon se développait, j’ai emboité ta cadence.   

Le miracle opéra la métamorphose et je t’appris que folie peut être inoffensive.

Et j’ai vu l’avenir débordant de clowneries.

Et nous avons grandi, des scénarios à revendre.

Une tête blonde courant, bras tendus à ma rencontre, j’accueille.

Une menotte reposant dans ma paume, je savoure.

Mon pas ralenti au rythme de sa cadence, je vole.

La mélodie Mamie modulée par une voix angélique, j’écoute.

La candeur, la ténacité, la soif de connaître, l’amour inconditionnel : un grand maître dans un petit corps. 

N’aurais-je jamais fini de grandir?

Lorsque, mon être fatigué, mes facultés amoindries, mes yeux refusant de s’ouvrir, mes lèvres emprisonnant les mots, mon âme prête à l’envol, alors j’aurai fini de grandir.

 

 

 

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