Grandir…D’un jour à cent ans

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Nickie Renaud de l'Académie Sainte-Thérèse, finaliste dans la catégorie secondaire premier cycle. Photo: Gabrielle Doutre

Grandir…

On grandit tous, parfois par à-coups, ou petit à petit. Grandir, c’est devenir grand dans sa tête et dans son corps. Pour moi, c’était en premier lieu une source d’espoir. Depuis que je suis haute comme trois pommes, cette idée avait le don d’illuminer mes yeux. C’était devenir quelqu’un, être libre de décider, créer son destin. Il s’agissait là de mordre à pleine dent dans son existence, découvrir le monde, jouer, apprendre, expérimenter. Grandir était une perspective d’avenir remplie de promesses grandioses.

Maintenant, grandir m’enchante et me terrifie à la fois. Grandir, c’est aussi voir le revers de la médaille, faire face à la réalité telle qu’elle est. C’est lorsqu’on mesure les horreurs dans toute la splendeur de leur abomination. C’est de savoir son monde dissimulant vices cachés. Ouvrir les yeux sur les scandales des vols, des viols ou des meurtres. Je sens la peur s’insinuer en moi. Deviendrais-je paranoïaque? Mais qui suis-je? Quel est ce visage qui me regarde en retour dans mon miroir?

Je suis perdue. Je vogue à la dérive, je m’enivre dans la noirceur de mon abîme. Je vis parmi deux mondes : un monde tangible et l’autre émotif, deux univers complètement parallèles et pourtant si étroitement liés. Je ris, je pleurs, j’aime, je hais, je pardonne, je condamne… Je suis d’un extrême à l’autre, le pôle Nord comme le pôle Sud, mais je demeure moi-même. Tantôt agneau égaré et vulnérable, tantôt dragon violent crachant tout son torrent de colère, je me cherche. Oh, j’ai peur. Que j’ai peur. Grandir me vole mon innocence, mon ignorance, la piétinant de son pas de géant. Je n’y peux rien, je suis acculée au fond de l’impasse. J’en veux à ce qui m’assujettit et m’éclore. Je me débats, je lutte. Je veux être rassurée par la banalité qui m’englobe.

Mais il faut bien grandir, qu’on le veuille ou non. Alors, comme la chenille qui devient papillon ou comme l’oiseau lors de son premier envol, je m’élance. J’aborde la vie d’une toute autre manière, mes yeux perçoivent ce que je ne pouvais voir auparavant. Je me tiens là, ma personne fait face à sa destinée. Tout redevient nouveau comme lorsque j’étais petite.

Avec le temps, je grandis dans l’âme. Ma peau devient ridée de sagesse, mes yeux se voilent. Le silence a son doux murmure qui m’invite pour un prochain voyage. J’ai vécu et j’en suis fière. La grâce s’émane de mes gestes tremblotants par l’effort, avec cette lenteur paisible. Je suis devenue sereine. Peut-être enfin maîtresse de moi-même, je regarde le monde avec tolérance et patience. Alors que cela m’a prise toute une vie, j’ai grandi au point de trouver cette lumière qui ferait de la Terre un endroit sans guerres. Seulement, je suis prête à voyager loin de là. Grandir, c’est la paradoxe de la vie.

C’est naître, vivre et mourir.

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Derniers commentaires

  • Ginette
    04 mai 2012 - 21:57

    Sublime profondeur de l'être! Pouvoir l'écrire, libère... Bravo Gin!