Les branches de ma vie

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Guillaume Gagnon de l'Académie Sainte-Thérèse, gagnant dans la catégorie secondaire deuxième cycle. Photo: Gabrielle Doutre

Mon arrière grand-père, Mathéo Gagnon, commémora la naissance de son premier fils  et de sa descendance en plantant un arbre en son honneur. Selon les dires de mon père, cet arbre devait représenter le nouveau-né au fil de son existence. Cet événement devint une tradition dans notre famille et depuis ce temps, nous plantons un arbre pour accueillir chaque nouvelle âme qui joindra notre grande et chaleureuse famille. Mon arbre à moi, c’était un chêne.

Mon père m’avait dit qu’à ma naissance, je ressemblais beaucoup à ce chêne. Tout d’abord fragile et frêle, je deviendrais moi aussi solide et robuste. Néanmoins, je devrai grandir et braver de nombreuses bourrasques de vent et continuer mon chemin et ainsi arriver à être l’homme que je suis. Cet arbre, je l’aimais vraiment. Ce fut mon premier vrai ami. Je me rappelle les chaudes journées d’été de mon enfance où j’avais tant de plaisir à camper sous cet arbre ainsi que la première fois où j’ai réussi à l’escalader jusqu’au sommet. J’étais tellement fier et je ressentais dans le plus profond de mon être que lui aussi était fier de moi.

Il est devenu bien vite plus qu’un ami; je le considérais maintenant comme mon propre grand frère. Je pouvais lui parler et lui raconter tous mes problèmes sans craindre qu’il ne me juge. Il était sage et m’écoutait attentivement. Les hivers et les étés passèrent et au fur et à mesure que je grandissais, le chêne grandissait aussi. Vint le jour où je dus quitter la maison pour me diriger vers l’Université. Après avoir embrassé mes parents, je m’agenouillai près de mon arbre et posai une main sur son écorce, cette carapace de bois rigide qui le protégeait contre tous intempéries. J’avais autrefois cru que cet arbre était ma propre écorce et que sa simple présence me permettrait d’affronter n’importe quoi dans la vie. Mais je devais maintenant le quitter, me séparer de lui. C’était pour moi aussi difficile que de quitter ma famille, mais ma mélancolie et mon amertume firent place à une certaine joie quand je m’imaginai les futures retrouvailles. « On apprécie encore plus quelqu’un quand il n’est plus là. » C’est du moins ce que je me suis dit et c’est ainsi que je le laissai, là, immobile et délaissé dans notre cour. J’allai saluer mes parents une dernière fois et je partis, sans même me retourner.

Et la vie reprit son cours. Je m’habituai aux nouvelles routines et à mon nouvel emploi. Je commençai ainsi à bâtir ma vie et je trouvai la femme de mes rêves. Nous vivions paisiblement et un jour, elle vint m’annoncer une grande nouvelle. Elle était enceinte et je serais enfin père. Cette journée-là, je fis tout le trajet jusqu’à mes parents pour leur annoncer la nouvelle et je revis le chêne. Cela devait bien faire des années que je ne l’avais pas vu, même si je pensais souvent à lui. Il était maintenant rendu très grand et était proéminent dans notre cour. Il semblait avoir réussi à faire sa place ici, parmi les autres arbres comme j’avais réussi à le faire dans la vie. Je m’adossai finalement contre lui le soir en regardant les étoiles. Je ressassai tous les souvenirs d’enfance que j’avais avec lui et sourit en pensant à tout cela. La vie passait tellement vite. Finalement, je compris l’importance et l’impact qu’avait eu cet arbre dans ma vie et ce soir, en regardant les étoiles, je pensai à mon enfant. Un jour, je lui parlerai de la tradition dans notre famille et de jour-là, nous planterons un arbre pour lui.

 

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