Si vous visitez le site Internet de l’artiste en arts visuels et textiles Tammy Osler (www.tammyosler.com), vous y découvrirez une artiste très «moderne» et une démarche plutôt songée sur la matière et sa représentation, à l’aide de différentes techniques photographiques et textiles. Pas sûr, d’ailleurs, que vous comprendrez tout ce qu’elle nous raconte du premier coup.
Que fait donc cette artiste en art contemporain dans un projet communautaire dont l’ambiance se rapproche plus de la cabane à sucre que des grandes galeries, lui ai-je lancé en boutade?! La réponse ne s’est pas fait attendre. Avec la force et la conviction de ces idéalistes qui descendent dans la rue pour mettre à l’épreuve leurs rêves. «Il y a longtemps que je voulais faire quelque chose en groupe… Un projet intergénérationnel qui permettrait la transmission du savoir, qui développerait le sentiment d’appartenance à la communauté. Un projet de participation, sans obligation de résultat», nous dit-elle d’un seul souffle. «À peu près personne ne croyait que ça marcherait!», ajoute Tammy Osler qui éprouve un grand plaisir à rappeler l’accueil que son initiative a reçu dès ses premiers pas. Les «Matinées tricotées» du printemps dernier ont tout de suite connu du succès et une popularité inespérée, certains participants lui reprochant même de les arrêter pour les vacances estivales. Mais c’est la participation des ados du complexe La Zone, parmi lesquels il y avait contre toute attente beaucoup de gars, qui la réjouit encore plus. «Je leur en demandais beaucoup! Ils sont beaucoup dans le virtuel et là je leur offrais une activité manuelle… Qui prend du temps… Travailler sur quelque chose qu’ils ne pourront garder.»
Des foulards pour la communauté, un très grand pour se souvenirDepuis le printemps donc, des dizaines de blainvillois et blainvilloises, des gens de municipalités avoisinantes aussi tricotent des foulards, avec de la laine et des instruments qui ont été donnés pour le projet par des citoyens, à la suite d’un appel public de Tammy Osler. Cet aspect de gratuité fait partie intégrante de l’initiative.
En décembre, Tammy Osler prévoit être en mesure de remettre une centaine de foulards à un organisme communautaire, qui aurait pour tâche de les distribuer à des gens dans le besoin. «Je ne veux pas que ça soit vendu! Je me sens responsable de ce don là. Tout le matériel nous a été donné au départ», explique-t-elle. L’artiste se propose de rencontrer au cours des prochaines semaines quelques organismes, avant d’arrêter son choix.
Il restera aussi un très très grand foulard, une trace du projet, qui est confectionné en parallèle avec les foulards de six pieds environ qui eux seront donnés. Ce «grand foulard» avance avec l’utilisation des fils de moins bonne qualité ou reçus en quantité insuffisante. Cette œuvre collective devrait être exposée à plusieurs endroits après le projet, avec un montage photographique des grandes étapes de «Tricotons des liens».
De fil en fil, un retour aux sources«Quand j’ai fini mes études, ma première pratique a été les foulards et les châles inspirés de la nature, ça me ramène aux sources… Je vois le foulard comme équivalent à une doudou: quelque chose qui nous différencie des autres, avec une connotation rassurante, protectrice, qui nous enveloppe», explique Tammy Osler, faisant le lien entre son projet actuel et sa formation artistique.
«Le textile c’est un monde à part, ce sont souvent des techniques relativement simples, souvent apprises à l’école. C’est une matière de communication, douce, pas épeurante, omniprésente et incognito à la fois dans notre quotidien. Le travail du textile enlève les barrières, les gens ne se rendent pas compte qu’ils sont dans un projet artistique!», résume l’artiste vibrante que j’ai devant moi. «Je me suis poussée au max avec ce projet-là! Avec le contexte de travail, les contraintes du travail en groupe. J’adore les défis, rendre les choses au bout.»
Il devrait y avoir une suite à «Tricotons des liens», mais Tammy Osler va souffler un peu avant d’en parler publiquement et plus en détail. Si vous voulez en savoir plus sur cette initiative d’art communautaire, comme la décrit sa conceptrice, rendez-vous à www.tricotonsdesliens.wordpress.com
