Dans leur monde meilleur

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Diana Mulumba

Je pose mes yeux vers l’horloge, le temps passe lentement. Ma tête tourne. Je jette encore une autre fois un coup d’œil à l’horloge. Encore quinze minutes et ce supplice sera terminé. Je ne sais même pas ce que je fais ici cette dame est une inconnue. Elle me fixe du regard, me sourit à pleine dents, me pose tout un tas de questions et prétend comprendre ce que je ressens. Mais je ressens rien, je suis heureuse. Pourquoi tout le monde pense que je suis folle? Cette soi-disant madame Bertrand pense que c’est parce qu’elle possède un doctorat en psychologie qu’elle peut comprendre «ma montagne d’émotions» comme elle le dit si bien. De temps en temps, elle passe ses mains dans ses cheveux roux frisés et prend des notes dans un carnet. Un supplément de questions, quelques sourires ravageurs et des prises de notes puis la séance de discussion termine enfin. Je me précipite vers la porte du cabinet sans vraiment savoir ce que ce rendez-vous a apporté dans ma vie. J’aperçois Chimène qui me fait des signes à travers les vitres de sa voiture pour me dire de venir la rejoindre.

 

En fait, je m’appelle Zélia. J’habite à St-Donat avec ma grand-mère Chimène. Étant donné que ma chère grand-mère se dit jeune, elle préfère que je l’appelle de son prénom. Elle dit que le terme «grand-mère» la vieillit trop. Nous avions été élevés par Chimène. Je dis nous car, j’ai une sœur jumelle. Elle a eu notre garde après la mort accidentelle de maman. Cédia et moi n’avions que deux ans quand maman est décédée. Malgré cela, j’ai toujours senti une présence invisible que je ne saurais l’expliquer. Au début ma sœur jumelle et moi ne comprenions pas pourquoi  maman nous avait quittées. Elle devait juste faire une course à la boucherie du coin puis elle n’est jamais revenue. Grand-mère tentait de nous rassurer en nous disant qu’elle avait voyagé au paradis mais, en regardant dans le globe Cédia et moi ne trouvions même pas ce pays. Nous l’avons attendu pendant des années puis nous avons fini par comprendre qu’elle était bien où elle était. De plus, Chimène nous disait qu’elle nous envoyait des baisers doux en direct du jardin d’Éden. On ne connaissait pas ce jardin mais grand-mère nous disait constamment que c’était le plus beau jardin du monde donc, nous avons finit par la croire. Je n’avais aucune preuve mais j’étais sûre que maman qui nous surveillait dans un quartier méconnu de l’au-delà. De temps à autres, Cédia et moi feuilletons des vieux albums photos juste pour contempler le visage de notre mère. Nous demandons aussi à Chimène de nous parler d’elle mais la seule chose qui lui venait à l’esprit était de chanter. Elle ne cessait de nous dire que s’il y avait une seule chose qu’on pouvait associer à notre mère c’était bel et bien le chant. Il paraît que maman avait une voix d’ange et qu’elle ne vivait que pour cela. C’était une passionnée et dès qu’une note sortait de sa bouche, le visage des gens s’émerveillait. Elle ne quittait jamais nos pensées. Certaines fois, je pensais à elle et je désirais tellement qu’elle soit là. Je voulais qu’elle m’attende après l’école, qu’elle me donne des baisers mouillés lorsque je pleurais et qu’elle me serre contre elle afin que je sente son doux parfum. Je voulais qu’elle revienne pour que je vive ce qu’était la douceur d’une mère.

 

Les jours passaient et on ne savait pas pour quelle raison mais Cédia commençait à s’affaiblir, elle ne mangeait plus. Grand-mère commençait à s’inquiéter donc, elle l’emmena à la clinique du coin. Ma sœur fût diagnostiquée cancéreuse. Elle avait le cancer du cerveau. Six mois plus tard, Cédia rendit l’âme. J’étais complètement anéantie et détruite. Cette guerre était injuste. Le cancer avait vaincu Cédia, je n’y comprenais rien. Je n’avais que dix ans et je voyais tout le monde s’effondrer devant moi. Puis quelques semaines après, elle apparaissait constamment dans mes rêves. Mon gros chagrin suite au décès de ma sœur se pansa car, au fur et à mesure que le temps passait, l’esprit de Cédia m’apparaissait dans la vie de tous les jours. Elle me parlait et me racontait comment ça se passait là-haut: elle me disait que son pays s’appelait Le paradis, le président du pays s’appelait Dieu. Elle passait ses journées dans le jardin d’Éden à chanter auprès de maman. Maman veillait sur Cédia. Je n’y croyais pas Cédia m’avait quitté pour un aller-simple vers ce pays qui n’est pas dans le globe. Quelques fois avant de m’assoupir dans mon lit, Cédia et maman venaient faire un tour dans ma chambre et me chuchotaient une douce mélodie. Elles me rassuraient en disant qu’elles étaient dans un monde meilleur et qu’elles étaient épanouies. Parfois même, Cécé m’accompagnait à l’école et me donnait les réponses lors des interros mais ça, il ne faut pas le dire. J’ai réalisé que j’avais un don très spécial.

 

Cependant, la maîtresse et certains élèves commençaient à me trouver étrange. Depuis le départ de Cédia, ils m’avaient surpris à parler toute seule dans un coin de la cours d’école à plusieurs reprises. D’où est venue leur idée de proposer à Chimène de m’emmener consulter une psy. Ils ne comprenaient pas que je pouvais rentrer en contact avec les esprits et que cela me permettait de communiquer avec les deux personnes que j’aimais le plus au monde, elles avaient fait tout ce voyage pour un monde meilleur. J’étais dans la joie car, je savais qu’un jour, j’allais voyager dans ce monde et qu’elles attendaient Chimène et moi à bras ouverts devant le parlement présidentiel.

 

Diana Mulumba

École Rive-Nord

Secondaire 2e cycle

 

Organisations: École Rive-Nord

Lieux géographiques: St-Donat

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