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Troisième chronique en direct de l'Asie

La vieille ville de Pingyao vue d'en haut

Nous avons survécu! Survécu au train de nuit en classe bétail. Dans notre wagon surpeuplé, que des Chinois. Souriants, ils nous ont accueillis dans leur monde. Car nous étions bien dans leur monde à eux, pas celui des voyageurs étrangers qui ont le luxe de se payer des couchettes en cabine privée.

Nous avons été les derniers à mettre les pieds dans le wagon. Même en nous y prenant trois heures à l'avance, nous avons failli manquer le train. Dès que la pluie se met de la partie, impossible de trouver un taxi à Beijing! Échevelés, essoufflés, nous avons fait irruption dans le wagon. Nos couchettes étaient à l'autre bout. Nos voisins ont tant bien que mal frayé un chemin à nos enfants, notre poussette, notre valise, nos deux gros sacs à dos. Des exclamations, des murmures, des salutations: notre arrivée n'est pas passée inaperçue! Le temps qu'on s'installe, le train était déjà en marche.

Nous avions les couchettes du milieu, les seules disponibles lors de la réservation. En-dessous, un vieux couple de paysans. Au-dessus, deux monsieurs, dont un portant une chemise hawaïenne. En attendant l'heure du dodo, tout le monde prenait place sur les couchettes du bas qui font office de bancs, ou dans l'allée sur de minuscules sièges rétractables où on ne peut poser qu'une fesse. C'était l'heure du souper. Les bols de soupe ramen étaient à l'honneur. Le thé coulait à flots.

Vers 22h, les lumières se sont subitement éteintes. Nous partagions avec nos garçons notre couchette à peine large pour une personne, où l'espace est insuffisant pour s'asseoir. Nous nous sommes contorsionnés en position, sans jamais trouver la bonne. Fred a à peine fermé l'œil de la nuit. Je suis arrivée à trouver le sommeil, même s'il était entrecoupé. Les enfants ont dormi à poings fermés, ou presque. Le train est arrivé en gare 12 heures plus tard. Nous avions un bref moment pour balancer sur le quai deux sacs à dos, une valise, une poussette et deux enfants. Échevelés, essoufflés, nous avons salué de la main nos voisins, pendant que le wagon s'éloignait.

Après quatre jours passés à Pingyao, nous partons ce soir pour Xi'an et l'Armée des soldats de terre cuite. En train de nuit, classe bétail. Cette fois, nous avons pris une troisième couchette, pour nos gars. Nous apprenons de nos erreurs!

Pingyao, ou le passé conjugué au présent

Pingyao. Quelle charmante petite ville! Derrière ses remparts vieux de plus de 600 ans se cachent des rues et des demeures de pierre. La cité fortifiée a survécu au temps et à la Révolution culturelle. Partout, des petites pensions, des restos, des temples, des chiens laids, des boutiques de boîtes à bijoux, de services à thé, de calligraphie, de vêtements hippies, de fausses antiquités... Le soir, les rues baignent dans la lumière rouge des lanternes. Pittoresque.

À Pingyao, nous prenons le temps de perdre notre temps. Nous n'avons rien au programme, si ce n'est de déambuler dans la vieille ville, de faire une sieste lorsque le soleil plombe, de vivre au rythme des habitants. Nous avons marché sur les remparts au coucher du soleil, regardé longuement les cerfs-volants danser dans le ciel. Sur la rue principale, près des faux antiquaires, nous avons découvert un sympathique petit resto familial, De Ju Yuan. Nous y bouffons chaque jour du poulet à la coriandre, des crêpes au chocolat, de la soupe aigre-douce aux fruits et d'autres plats plus savoureux les uns que les autres. À Pingyao, les cappuccinos sont dispendieux, mais faciles à trouver. Les bières sont aussi faibles en alcool qu'en coût.

Nous habitons dans l'enceinte de la vieille ville, sur une rue piétonne dans le sens chinois du terme, avec seuls quelques vélos et motos. Un lobby qui sert aussi de resto, une cour intérieure, une deuxième, puis une troisième, là, tout au fond. Voilà notre chambre, avec ses meubles antiques. Nous dormons en famille dans un lit qui fait toute la largeur de la pièce, l'équivalent de deux queen. Manu et Louka peuvent courir dans la cour, s'amuser avec les poissons rouges dans de gros bassins, arroser les plantes, s'arroser...

Même si cette pension nous comble, nous souhaitions être hébergés ailleurs à notre arrivée à Pingyao. À la gare, nous avons demandé à un chauffeur de voiturette électrique de nous conduire à l'endroit que nous avions déniché sur internet. Je sais lire un plan, même quand les noms de rue sont en chinois, et là où le conducteur nous emmenait n'avait rien à voir avec le petit point que me donnait Google. En plus, sa face ne me revenait pas. Quand il nous a indiqué le terminus, nous avons répété le nom de la pension et insisté pour nous rendre au bon endroit. Il est plutôt allé chercher la propriétaire de l'hôtel où il souhaitait nous déposer. Nous connaissons le manège: un rabatteur vous emmène au mauvais endroit et empoche une commission quand vous acceptez d'y séjourner.

Nous avons donc quitté sa voiturette de golf avec tout notre bagage, ignorant ses demandes répétées de revenir et refusant de le payer. Médusée, la propriétaire nous a regardés nous éloigner. Le chauffeur, lui, logeait frénétiquement des appels avec son cellulaire. Nous sommes partis, fiers de ne pas nous être fait avoir comme des débutants. Et nous avons longuement marché, à la recherche de la maudite pension que nous n'arrivions pas à trouver avec tous ces noms de rue en chinois. En désespoir de cause, nous avons accepté le lift d'une autre conductrice de voiturette - c'est la façon de se déplacer ici - qui nous a menés dans une auberge de jeunesse dont le nom ressemblait étrangement à celui que nous lui avons prononcé. Celle où nous séjournons. Nous avons succombé à son charme. La conductrice a empoché sa commission. À l'auberge, on nous a remis un plan de la ville en anglais. La rue où se situait la première pension était inscrit là, noir sur couleur. Exactement là où le premier conducteur nous avait menés. Nous avons honte. Et nous haïssons Google.

Nous avons visité hier une forteresse souterraine. Un chauffeur nous a amenés à une cinquantaine de kilomètres de la ville, plus loin encore que le vaste secteur industriel en bordure de la route, dépassé les champs cultivés sans machinerie. Sous le village de Zhangbi Cun, un réseau souterrain de tunnels a été creusé il y a 1400 ans pour se protéger des Mongols. Il faisait plus de 30 degrés sous le soleil, et moins de 15 degrés à 30 mètres sous terre. De la buée s'échappait de notre bouche, se mêlant à la poussière ambiante. Une guide nous indiquait le chemin à emprunter, pour ne pas se perdre dans le dédale de couloirs souterrains. Ce fut notre seule activité organisée. Après tout, nous sommes en vacances...

Bye bye Beijing

Avec le recul, Beijing était une destination parfaite pour s'initier à la Chine. Il est facile de s'y repérer, de circuler, de visiter. Après une dizaine de jours, nous nous sentions comme chez nous. Les commerçants nous saluaient. En promenade, les enfants réclamaient parfois la «maison», le studio que nous avions loué! Ils n'ont pas les blues. Mais Louka collectionne les bleus.

Intrépides, nos deux p'tits gars font fi du danger. Et dès qu'il est un peu fatigué, notre plus jeune se pète la gueule. Il nous en a fait la preuve la veille de notre départ de la capitale. Au réveil, nous savions déjà que ça allait mal tourner. Nos deux gamins étaient surexcités, sautant à pieds joints sur le lit, jouant à la bataille, lançant des objets, courant, criant. Aaaaargh! Nous avons quand même pris la direction du Palais d'été, à l'autre bout de la ville en métro. Ce lieu impérial constitue une fantastique escapade. De magnifiques bâtiments sont érigés autour d'un grand lac, où on peut circuler à pédalo. Au milieu du lac, Frédéric et moi souhaitions partir à la nage, nous éloigner de nos gamins énervés et énervants. Nous avons gardé un semblant de calme.

De retour sur la rive pour une promenade, Manu et Louka avaient de l'énergie et des bêtises en réserve. Court, grimpe, tombe, chiale... On roulait les yeux pendant qu'ils se roulaient par terre. Tout ça sous le regard amusé des touristes chinois et de leurs caméras. Nos cascadeurs avaient un public. Comme d'habitude. Et ils n'étaient pas peu fiers de leurs exploits. Parents indignes, c'est à vous de les contrôler, pensez-vous. On vous les loue! Ce qui devait arriver arriva. Des rires, puis... Poc! Pas un petit, un gros. Et plus rien. Pas même un pleur. Nos gars venaient de faire une chute libre en tandem. D'une terrasse de plus d'un mètre de haut, ils sont tombés sur le sol de pierre. Louka, tête première. Il a amorti la chute de Manu, qui s'en est sorti indemne. Le cri a mis d'interminables secondes à sortir. Ses larmes sont venues hausser le niveau du lac. Les Chinois, charmés, photographiaient sa douleur. Notre garçonnet a la tête dure. Et ce n'est pas une grosse prune sur le front qui l'arrêtera. Elle vient s'ajouter à ses nombreuses éraflures sur le menton, les coudes, les genoux...

Avant de prendre le train, nous avons fait une dernière promenade en ville. Nous avons visité le temple des Lamas. N'y cherchez pas de camélidés cracheurs. Le terme «lama» fait plutôt référence à un enseignant religieux du bouddhisme tibétain. Quoiqu'ils crachent sûrement par terre, comme plusieurs Chinois. Dans ce fabuleux temple, le plus important à l'extérieur du Tibet, des pèlerins se prosternent, font brûler de l'encens. Les lieux enfumés dégagent une odeur persistante de plantes aromatiques. On passe par de petites cours intérieures et une série de salles où les fidèles prient devant des statues tantriques. Tout au bout, imposant, un bouddha de 18 mètres de haut toise les moines vêtus de violet et les visiteurs!

Nous avons quitté l'étourdissante Beijing, que nous garderons en tête. Nous quitterons la charmante Pingyao, qui restera dans nos cœurs. Un peu plus à l'ouest, la célèbre Armée des soldats de terre cuite nous attend.

 

L'ASIE EN BREF...

De nombreux sites internet sont censurés en Chine, comme Facebook et Youtube. Les Chinois ont toutefois développé des façons de contourner le système. Plusieurs sites de médias sont aussi inaccessibles, mais heureusement, pas (encore) ceux des hebdos de TC Transcontinental!

Chaque jour, nous croisons de vieux Chinois qui se promènent en tapant des mains ou en faisant des simagrées. Je n'ai pas encore pigé le sens de ces gestes, mais je suppose que ça a quelque chose à voir avec la longévité!

Une coupe à la mode pour les bébés garçons est le coco rasé, avec une touffe de poils à l'avant, et parfois à l'arrière. Je crains la prochaine visite chez le coiffeur...

Les fameux cyclo pousse-pousse chinois sont presque tous électriques dans la capitale. La facilité a eu raison de la tradition!

Les Chinois portent parfois des noms difficiles à prononcer pour les Occidentaux. C'est pourquoi ils se choisissent un nom en anglais, d'un goût parfois douteux. Nous avons fait la connaissance de Bob, John, Kevin, Trevor, Tina, Candy et Waffany...

Des dispositions sanitaires dans l'alimentaire passent d'un extrême à l'autre sur la même rue. Ici, de petites échoppes de bord de rue où le poulet, fumé aux gaz d'échappement, est suspendu toute la journée au soleil. Là, un comptoir de cafétéria où les travailleurs portent gants, filets, masques et visières pour ne pas que le moindre fluide ou poil ne se retrouve dans la bouffe.

Étendez une couverture par terre, dépliez une petite table ou apportez votre réchaud. Vous êtes maintenant vendeur de rue! Ils pullulent sur les artères commerçantes, surtout en soirée.

Les billets de 50 et de 100 yuans font l'objet d'une vérification systématique lors d'une transaction. Il serait donc rentable de contrefaire des billets équivalent à 8$. Nous avons même déjoué un faussaire, qui a tenté de nous rendre un faux billet de 100 yuans. Nous ne sommes pas dupes!

Les Chinoises portent la minijupe ou des «short shorts», mais à présent, mon regard n'a plongé dans aucun décolleté. Même la prostituée que nous avons croisée avait la poitrine bien couverte.

Pas évident de se saouler en Chine! (Pas que ce soit notre intention...) Toutes les bières que nous avons consommées avaient 3% d'alcool, 4% quand nous étions chanceux!

 

 

À lire...

La Grande Muraille à petits pas - 2e chronique

Face-à-face avec l'armée - 4e chronique

 

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Derniers commentaires

  • Hélène Métivier
    17 juin 2012 - 21:54

    Hahaha! j'adore votre méthode pour choisir une pension et stupéfier le transporteur... Et j'envoie un gros béqué-bobo sur le front de Louka. En fait, un béqué-bobo général, puisqu'il en est couvert. Et ni hao au beau Manu et à vous deux, qui conduisez cette galère de main de maître!