Après dix-huit d’enseignement avec les jeunes en cheminement particulier, Guy Damphousse a élaboré une formation fournissant des outils de base aux enseignants pour mieux communiquer avec les élèves, le projet Les Grandes oreilles s’est non seulement répandu dans les établissements de la CSSMÎ, mais dans les universités de France dans les domaines de l’éducation et de la médecine.
« À l’origine en 1987, il s’agissait plutôt de déceler les problèmes de toxicomanie à la PDM, avec André Therrien à l’origine du programme PRISME, très vite la base de notre projet s’est étendu à aider les jeunes qui vivent toutes sortes de difficultés. Les outils pour mieux écouter et comprendre les messages des ados sont devenus une pratique chez les enseignants volontaires », explique Guy Damphousse.
Son engagement dans ce projet lui a valu la reconnaissance de ses pairs à la Polyvalente Deux-Montagnes et peu à peu dans les établissements de la Commission scolaire de la Seigneurie-des Mille-Îles. Le projet a mérité le prix Robert- Caisse pour la promotion de la tolérance et de la dignité, et la transmission de ce savoir faire, et une diffusion en France auprès de maîtres au Service universitaire de médecine préventive et de promotion de la santé et l’Institut universitaire de technologie, Université de Nantes, de médecins et d’infirmières et d’enseignants français, des conférences ont également été dispensées à Lyon et Grenoble.
« Nous avons participé au colloque de l’Association québécoise de gestion expérientielle, le projet a suscité l’intérêt et nous avons peu à peu étendu le rayonnement de l’écoute active minimale et de la gestion expérientielle, dans une formule accessible à tous. La formation est de dix-huit heures sur trois jours pour chaque niveau, mais dès la première partie, les enseignants adoptent peu à peu une approche différente avec les jeunes…L’écoute active amenant le repérage des émotions, ça devient un outil indispensable dans le quotidien à l’école et dans la vie », explique le passionné.
Plus récemment, en mars dernier, Guy Damphousse était invité au colloque sur l’Approche orientante de l’Association québécoise d’information scolaire et professtionnelle.
L’accompagnementLes outils appris permettent d’éviter la confrontation, de désamorcer, de susciter la réflexion chez les interlocuteurs, et l’élaboration de solutions par la personne. « Les individus progressent efficacement si leur cheminement est volontaire, s’ils décident eux-mêmes de leurs gestes, et s’engagent après la réflexion et la prise de conscience. L’écoute est le premier pas pour l’ouverture, et cet échange. Dans une classe, cette approche facilite les apprentissages, l’implication de l’élève, le maintien de son intérêt, etc. Il n’y a pas seulement les problèmes de la toxicomanie chez nos jeunes, ils vivent des situations difficiles parfois la confrontation peut dégénérer en une exclusion définitive avec des conséquences parfois dramatiques», rappelle l’enseignant. L’écoute active permet d’amorcer un processus positif qui engage de meilleures relations. « Il n’est pas question de jouer le rôle des professionnels, à la limite de nos compétences nous faisons appel aux pros de l’équipe qui prennent le relais tout en gardant les contacts et le suivi », explique-t-il. Les résultats de la prévention ne sont pas quantifiables. « Parfois, une tentative de provocation n’est qu’un message pour mieux se comprendre. Dans d’autres cas, l’élève arrive avec un lot de difficultés déjà bien ancrées, c’est à nous d’arriver à établir le contact et la communication. Comme maintenant plusieurs enseignants disposent des outils nous pouvons arriver à l’aide de l’équipe à poser des interventions et garder le lien avec le jeune », assure le coordonnateur.
L’évolution des difficultésAu fil des ans, près de 250 enseignants ont participé volontairement à la formation, « Les Grandes oreilles sont actives et efficaces dans plusieurs établissements et le noyau se régénère, dans certains cas d’autres projets spécifiques en sont nés comme TAXI (Tax..age et de l’I…ntimidation) à l’ESO, pour contrer le taxage… ». L’enseignant a vu l’évolution des jeunes au fil des ans, les difficultés individuelles de l’ado, de sa famille et de son milieu, ont pris d’autres formes au fil des ans. « Il y a eu la toxico, qui en fait est le résultat du processus, la violence des gars, maintenant la violence des filles, l’intimidation, le taxage, l’exclusion, …Depuis quelques années, c’est la violence psychologique et sociale des filles qui nous préoccupe. Cette forme d’intimidation et de méchanceté n’est pas nécessairement tangible. Mais elle fait des ravages souvent dramatiques pour les victimes. Cette violence ne fait pas de bleus et de blessures apparentes donc difficilement passibles de conséquences pour les auteures, elle se poursuit avec bien peu de limites », admet Guy Damphousse. Les victimes de ce type d’incidents ont peu de recours et sont souvent anéanties, il reste à parler à l’une des Grandes oreilles…
